Le leader des réseaux sociaux, toutes populations confondues, vient de publier sa toute nouvelle fonctionnalité: le bouton "envoyer", qui offre à l'internaute la possibilité de partager un lien avec un groupe restreint d'amis. Plus d'une cinquantaine d'éditeurs de sites web à forte audience incluent déjà cette nouvelle option, avant de l'étendre aux autres. Que penser de tout cela?

Premièrement, je suis interpellé par la dénomination de ce nouveau service. Facebook proposait déjà un service "share" qui permettait, comme son nom l'indique assez explicitement, à l'internaute de partager un contenu sur son réseau social.

L'évolution logique de cette fonctionnalité, si l'on en croit l'argumentaire communiqué sur le blog officiel, aurait donc été d'améliorer la fonction "share" en ajoutant une zone de saisie, permettant de restreindre la diffusion du contenu. Les habitués du réseau social auront déjà remarqué que cette fonctionnalité est présente de longue date lorsque l'on souhaite partager un contenu sur le mur: un volet de restriction permet à l'utilisateur de choisir l'étendue de la diffusion du contenu (everyone, friends, friends of friends, groups, etc.).

Ils l'ont toutefois renommée en 'Send'. Voyez-vous pourquoi? Je vous laisse continuer la réflexion.


Deuxièmement, je reste quelque peu...pantois devant l'attitude des éditeurs de navigateurs web et de clients de messagerie électronique, qui démontrent une fois encore leur retard intellectuel pour ce qui a attrait à la problématique de la protection de la sphère privée et plus précisément, face à Facebook. Le fait que nous en arrivions au stade où Facebook propose aux éditeurs de sites web d'intégrer un bouton d'envoi de lien et que cela soit perçu comme une innovation est, à mon sens, une aberration. En premier lieu, cela aurait déjà amplement dû être implémenté par les navigateurs eux-mêmes.

Habitué du surf avec Firefox (et du clic droit sur l'option "envoyer"), je me suis tout de même posé la question en ouvrant d'autres navigateurs, tels que Internet Explorer, Chrome et Opera. Résultat des courses: seul Opera propose l'envoi facilité du lien de la page. Internet Explorer et Chrome compliquent la vie à leurs utilisateurs.

Il semblerait donc que les éditeurs de navigateurs web estiment qu'il n'est pas de leur ressort d'aider les internautes à partager le lien de la page qu'ils consultent. Soit. Il fallait bien que quelqu'un prenne cette place, Facebook aurait peut-être finalement bien fait. Lorsque Facebook proposera son propre navigateur et ses propres systèmes d'exploitation (de récents modèles de téléphone portable proposés par Samsung et Motorola ne sont pas si éloignés que ça de ce concept), les éditeurs de navigateurs web se réveilleront peut-être...


Troisièmement (et finalement) Facebook se rapproche avec son bouton "Envoyer" du dernier retranchement confidentiel restant entre l'internaute et sa relation sociale avec le web. Les liens que les internautes s'échangent par email constituaient en effet une manne d'information jusque là impossible à collecter, analyser, traiter et monétiser par l'écosystème Facebook. Ces liens que les utilisateurs s'envoient au jour le jour, entre petits cercles sociaux très fermés, et qu'ils ne voudraient jamais voir affichés sur leur mur, par peur probablement, que leurs amis se rendent soudainement compte de la supercherie sociale dans laquelle ils les ont entrainé. Peut-on imaginer le fracas d'un lien pointant sur l'album photo des nymphettes du Salon de l'Auto au beau milieu de la photo du weekend en famille et d'un statut "Pfff. c'est lundi et il pleut." ? "Oh Mon Dieu! Marc fait suivre des liens cochons!!!! C'est un homme!!!!"

Non, assurément inacceptable.

Grâce à ce bouton, Facebook va finalement en connaître un peu plus sur les secrets que lui cachent encore les plus têtus de ses utilisateurs en accédant aux contenus qu'ils ne veulent pas montrer dans leur profil.

Bien entendu, il est inutile de résister: si vous n'utilisez pas cette fonctionnalité, vos amis ne manqueront pas de le faire pour vous en tapant votre nom dans la boîte d'envoi, bien entendu, le sourire au coin de la lèvre ;)